La quête du progrès a toujours été pour les Francs-Maçons un moteur dans leurs réflexions et dans leurs actions, au point que ce principe fait partie intégrante de la Tradition Maçonnique. En tant que Francs-Maçons, nous sommes les héritiers d'hommes et de femmes qui tous, à leur manière, ont oeuvré à l'amélioration matérielle, intellectuelle et morale de la société humaine ; Francisco Ferrer, Victor Schoelcher, l'émir Abd El-Kader, Joseph Proudhon, Jules Ferry, Louise Michel , Félix Eboué, Pierre Brossolette et , pour satisfaire tout le monde, Mozart, Voltaire, La Fayette et tant d'autres dont nous sommes si fiers de savoir qu'ils ont enrichi nos colonnes de leur présence et bien plus encore, de leurs travaux. Mais tous ces frères et sœurs qui ont, en leur temps, travaillé sur des valeurs qui leur paraissaient tellement évidentes et intangibles, seraient-ils aussi enthousiastes dans la franc-maçonnerie d’aujourd’hui ? Les Les valeurs maçonniques ont-elles changé au fil du temps ? Et d’ailleurs, quelles sont-elles ces valeurs maçonniques à l’aube du 21ème siècle ? Sans vouloir en faire un catalogue exhaustif, essayons néanmoins d’analyser les principales valeurs qui pourraient ou devraient animer le franc-maçon du 3ème millénaire. Lorsque je parle de valeurs, il faut également inclure dans ce terme les qualités, principes, repères, préceptes, enfin tout ce qui peut guider l’être humain dans sa quête personnelle vers l’idée qu’il se fait de la perfection… J’ai recensé pour ma part quatre grandes familles de valeurs :
Valeurs humaines ? Valeurs éthiques ou morales ? Valeurs républicaines ? Valeurs spirituelles ?
1° : les valeurs humaines sont des valeurs sensées permettre à l’humanité de vivre en bonne harmonie ; respect de l’autre, honnêteté, intégrité, bonté, empathie, compassion, hospitalité, amitié, générosité etc. … Le courage, le désintéressement, l’authenticité, la loyauté et la raison sont autant de valeurs humaines… La sincérité, le partage et même le sens du sacrifice représentent également pour moi des valeurs humaines… Et j’ajouterai, malgré ce que l’on a pu entendre dernièrement dans ce Temple, que je considère pour ma part que la persévérance et l’humilité sont des valeurs humaines dont peuvent se prévaloir les francs-maçons… Dans tous les cas, un peu de simplicité ou de modestie ne peut pas nuire. En franc-maçonnerie, nous y ajoutons la Liberté, l’Egalité et la Fraternité que nous clamons haut et fort à chaque ouverture et fermeture de nos travaux, mais j’aurai l’occasion d’y revenir un peu plus tard dans le paragraphe concernant les valeurs républicaines. On peut ajouter à ce triptyque la solidarité, l’humanisme, la laïcité et bien sûr la tolérance dont notre Frère R. F. nous a entretenus il y a peu de temps… A ce sujet, je voudrais ajouter un petit commentaire car comme nous l’a très bien expliqué notre frère, tolérer c’est supporter ; c’est accepter à contre cœur. Or, dans la tolérance que l’on revendique ou dont on se vante en maçonnerie, je vois plutôt une valeur qui se situerait quelque part entre l’indulgence, la bienveillance et la mansuétude… Je pense d’ailleurs qu’il faudrait inventer un mot qui prenne en compte toutes ces acceptions. L’humanisme dont se réclament beaucoup de francs-maçons est une attitude philosophique, un courant de pensée altruiste qui tient l’homme comme étant « LA VALEUR » suprême et revendique pour chacun la possibilité d’exprimer librement ses propres valeurs humaines.
Pour Saint-Exupéry, « l’humanisme s’est donné pour mission exclusive d’éclairer et de perpétuer la primauté de l'homme sur l'individu. Voilà, mes frères ce que m’inspirent les valeurs humaines, appelées aussi qualités humaines, et que l’on retrouve peut-être dans notre formule « en vos grades et qualités ».
2° : les valeurs éthiques et morales sont celles qui nous édictent une conduite pour le respect d’autrui. Ce sont bien entendu des valeurs humaines, mais qui en plus engagent les êtres humains vis à vis de la société en général ou de groupements humains en particulier ; l’entreprise, l’association, la commune, le syndicat ou le parti politique, la loge maçonnique, etc. … L’intégrité, la probité, l’honnêteté, la sagesse, la philanthropie et la dignité peuvent être considérées comme des valeurs éthiques ou morales ; par parenthèse, ces deux termes signifient à mes yeux à peu près la même chose, la morale n’étant pour moi qu’une sorte d’éthique en robe de bure… ou en soutane. Plus prosaïquement, l’une est grecque et l’autre romaine... Mais au fait ! Existe-t-il une éthique ou une morale maçonnique ?
A en juger par certains comportements, je serais plutôt enclin à en douter. Voyez et entendez les déclarations racistes et xénophobes de cet avocat sur médiatisé, élu député sous une étiquette extrémiste dans la région PACA, et qui n’en finit pas de vociférer sur les roms, les sans-papiers, les immigrés ou sur toute autre communauté humaine qui ne trouvera de toute façon jamais grâce à ses yeux… Pourquoi se prévaut-il toujours de son appartenance à la franc-maçonnerie ? Citant même parfois le nom de son obédience… Et, ce faisant, ne nuit-il pas à la cause profonde et à la raison d’être de la franc-maçonnerie ? L’universalité revendiquée par les francs-maçons interdit de fait les comportements racistes, xénophobes, antisémites ou homophobes, bref, tout ce qui se nourrit de près ou de loin d’une forme d’exclusion. Pourquoi n’existe-t-il pas une autorité supérieure, une sorte de comité des sages inter- obédientiel capable de parler au nom de la franc-maçonnerie dans sa globalité et de dénoncer les dérives de tel ou tel propos pouvant porter atteinte à l’ordre maçonnique en général ? Pourquoi les autorités maçonniques n’exercent-elles leur droit de réponse ?
Tout comme pour ces hebdomadaires en mal de sensation (cette semaine c’est le Figaro) qui se croient obligés d’infliger à leurs lecteurs des marronniers tels que : Immobilier ; le marasme ? Hôpital public ; quel avenir ? Francs-maçons ; leur véritable secret… Pourquoi les obédiences laissent-elles faire ces dérives qui de toute façon ne servent ni l’ordre maçonnique en général, ni les obédiences, ni le franc-maçon sincèrement engagé en particulier ? En bref, pourquoi les institutions maçonniques sont-elles aussi molles du genou pour ne pas répondre aux attaques insidieuses mais bien réelles dont notre ordre est très souvent l’objet ?
Mais revenons-en à l’éthique, et tout d’abord, posons-nous les bonnes questions… Pris individuellement, chaque Franc-maçon est convaincu d’être dans le vrai ou du moins, sur le chemin de la Vérité ; et cela me semble somme toute assez humain et compréhensible. Mais en grattant un peu l’épiderme, on s’aperçoit que finalement, certains frères ou prétendus tels, ne correspondent en rien à l’idée même que l’on se faisait du Franc-maçon avant d’avoir été initié soi-même ; pour schématiser ma pensée, trouvez-vous sain et moral de prétexter les finances de la Loge pour garder à son tableau des gens qui ne viennent jamais, et qu’aucun frère, même le plus assidu ne connaît ? Ceux-ci ont peut-être gardé un vague souvenir de leur initiation mais aucun concernant leur serment… Et comme ils paient rubis sur l’ongle leur capitation, on laisse ainsi perdurer des situations malsaines qui laissent de sérieux doutes quant à la valeur de l’engagement. Mais qui faut-il blâmer ? Celui qui profite du système en gonflant son carnet d’adresse et en rajoutant une ligne sur sa carte de visite ? Ou la Loge qui, par laxisme ou plus sûrement au nom de la tolérance accepte cette situation ? Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades, valeurs et qualités, je livre cette réflexion à votre sagacité… Et je vous propose la valeur « RECTITUDE » comme fil conducteur…
Quand nous comprendrons l’éthique ou la morale maçonnique comme étant la base même d’un comportement social qui induit la cooptation que nous appelons nous le parrainage, suivi de trois enquêtes, puis d’une cérémonie d’initiation ; ajoutant ensuite les devoirs des Apprentis, des Compagnons et des Maîtres, cette formulation de l’éthique prendra tout son sens et sa valeur car elle rapprochera chaque initié dans l’idée du travail sur soi ainsi que dans celle de l’approche de l’autre. 3° Les Valeurs Républicaines ; Mes Frères, lors de notre prochaine tenue se déroulera le banquet d’Ordre… A cette occasion, il nous sera demandé de porter beaucoup de « santés », et la première le sera à la République Française, à la Nation et à ses représentants… Les valeurs républicaines sont celles revendiquées depuis la révolution française sous les couleurs Bleu-Blanc-Rouge et la devise Liberté, Egalité, Fraternité que nous clamons haut et fort à chaque ouverture et fermeture de nos travaux.
Cela impliquerait-il que chaque Franc-maçon épouse d’emblée toutes les valeurs de la République ?
Et si la réponse était oui, que faisons-nous de nos FF.·. Royalistes ? Car ils ne sont pas exclus… des anarchistes ? J’en connais un peu… Les valeurs républicaines excluraient-elles de nos colonnes les frères qui se réclameraient d’autres valeurs que les valeurs républicaines ? Tels les légitimistes, il en existe encore ou même les nostalgiques du premier Empire ? Les valeurs maçonniques ne seraient-elles finalement que le pendant ou le substrat des valeurs républicaines par leur devise commune Liberté Egalité Fraternité ; d’ailleurs, cette devise est-elle avant tout maçonnique ou républicaine ? C’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf…
Il me faudrait beaucoup de temps, de mots et d’arguments pour vous expliquer tout ce que j’ai ressenti lorsque récemment, le V .·. M .·. nous a demandé de nous mettre au garde-à-vous, Oh ! pardon, à l’ordre ! avant de nous infliger, avec la bienveillante collaboration du Frère M .·. d’harmonie, un hymne profane intitulé « La Marseillaise » ; c’est-à-dire la pire des choses pour quelqu’un qui comme moi ne défile sous aucune bannière, ne se lève au son d’aucun hymne et qui ne se reconnaît sous aucun drapeau, fut-il parfaitement noir ; l’épreuve fut pour moi pénible, longue et douloureuse… Et je sais que je n’étais pas le seul à être mal à l’aise dans cette posture plus qu’ambigüe. J’ai bien failli couvrir le Temple tellement je me suis senti trahi, floué et pour tout dire, pris en otage puisque ne pouvant me manifester dans cette situation précise… Je me suis souvenu qu’il y a une quarantaine d’années environ, je me démenais contre l’administration pour obtenir en vain mon statut d’objecteur de conscience… Et puis, en tant qu’officier de la Loge, et avec l’engagement que cela comporte, j’ai remis « La Marseillaise » au fond de ma poche, avec mon mouchoir très morveux par-dessus…Le sujet de ma planche traitant des valeurs, je ne pouvais honnêtement pas passer sous silence cette faute car il ne s’agit pas ici d’une simple erreur ou d’un simple égarement mais bel et bien d’une faute grave et je puis affirmer ici haut et fort, comme la belle bourgeoise avec son pot de rillettes ; « Décidément, nous n’avons pas les mêmes valeurs ! ». Mais un sacrilège en vaut bien un autre et je vais vous lire maintenant un petit texte que les FF.·. qui voyagent beaucoup dans les autres Orients connaissent certainement :
« La franc-maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive a pour objet la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique. Elle attache une importance fondamentale à la laïcité. Elle a pour devise, Liberté, Egalité, Fraternité ».
Mes frères, je viens de vous lire l’article premier de la constitution du Grand Orient de France qui ouvre tous les travaux des ateliers appartenant à cette obédience… Lecture en est faite par le Vénérable Maître au début de chaque tenue. Et je vous prie pour cette petite digression de bien vouloir m’accorder votre indulgence, votre bienveillance et votre mansuétude…
4° Les valeurs spirituelles ; Chaque être humain, qu’il soit maçon ou non, est naturellement amené un jour ou l’autre à se poser des questions métaphysiques telles que l’existence de Dieu, qu’ y-a-t’il après la vie, sommes-nous seuls dans l’univers etc. … Toutes ces questions souvent sans réponses placent les individus en quête de spiritualité et cette quête en amène certains à s’engager dans des églises ou des temples, dans des mosquées, des synagogues ou toutes autres organisations, religieuses ou non, sectaires ou non.
Pour certains, la quête spirituelle passe par la Franc-maçonnerie que l’on présente souvent comme étant un chemin vers la tolérance et l’ouverture aux autres. C’est vrai, mais en réalité, elle est beaucoup plus complexe et plus profonde que cela. C’est par une accession à la spiritualité, à l’esprit, qu’il faut concevoir la démarche maçonnique. Cette démarche qui consiste à aller vers l’autre et qui respecte par définition la liberté de chacun, permet de concilier les différentes tendances, de lisser les aspérités profanes réticentes que l’on rencontre encore hélas, même chez les frères les plus expérimentés ou les plus anciens. Pour un non croyant comme moi, la notion de spiritualité vient au second plan de la démarche maçonnique et pourtant, je sais quelle importance elle revêt pour bon nombre de frères … Une recherche intérieure spirituelle, fondée sur une transcendance non définie, mais caricaturée chez nous par le Grand Architecte De L’Univers, et dans lequel chacun met sa notion de foi ou de raison. Tout ceci est en effet nécessaire, car la foi et la raison ne peuvent être réunies que dans une intention constructive et éthique, dans laquelle s’inscrit justement notre démarche initiatique et traditionnelle. Permettre à chacun de trouver Sa Vérité, même momentanée, c’est là le but et la raison d’être de la franc-maçonnerie. Ainsi, la quête spirituelle emprunte la voie initiatique en passant par l’étude des symboles et la pratique du rituel. Dans le terme même de « franc-maçon », il ya déjà deux valeurs complémentaires, à savoir ; la liberté et la volonté de bâtir. Etre franc-maçon signifie donc qu’il faut être Franc dans l’acception de Libre, et Maçon dans l’acception de Bâtisseur. Or, si le dicton populaire dit que « c’est au pied du mur qu’on voit le maçon », il ne précise pas que dans notre cas, le maçon est à la fois la pierre qu’il travaille, l’outil qu’il tient au bout de la main et l’ouvrier qui exécute le travail. Dès lors, ce n’est plus au pied du mur qu’on voit le maçon, mais fondu dans l’édifice, pour peu qu’on sache le regarder avec l’œil exercé du seul initié. Après avoir parlé des valeurs positives requises en Franc-maçonnerie, il me paraît logique de parler également des valeurs négatives, voire nocives et que je nommerai les contre-valeurs ; l’hypocrisie, le fanatisme, le sectarisme, le racisme, la xénophobie, le dogmatisme et j’en oublie sûrement … sont autant de contre-valeurs qui n’ont pas leur place dans la Franc-maçonnerie.
Conclusion
Qu’on les appelle valeurs, qualités, principes ou idéaux, il s’agit en fait de repères intangibles ancrés au plus profond de nos consciences et qui font de nous ce que l’on est, c'est-à-dire des êtres uniques, tantôt flamboyants et valeureux, tantôt pleutres et petits, mais au bout du compte, tellement fragiles. Fragiles comme le cristal, fragiles comme la vie… Et ce sont ces mêmes valeurs, qualités, principes et idéaux qui nous invitent à la pratique d’agapes mutuelles, à l’usage et au respect d’une colonne d’harmonie, à la générosité par le tronc de la bienfaisance, l’ensemble formant l’éthique maçonnique prise au sens strict de la façon d’être et du comportement auquel est moralement astreint l’homme libre qu’est devenu le franc-maçon. Vous avez tous bien compris ce soir que je voulais avant tout parler des valeurs humaines ; celles qui ont fait que nous soyons tous réunis ici ce soir grâce à cette délicieuse alchimie résultant du respect mutuel et de la diversité de nos cultures, de nos mœurs et de nos provenances, bref, de la tolérance ou plutôt de l’indulgence, de la bienveillance et de la mansuétude.
J'ai dit,
Michel P.
Une célèbre marque de rillettes a fait son succès sur cette formule:
"Nous n'avons pas les mêmes valeurs!"
D'où l'idée de ce travail....
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